Comment Bruxelles est devenue « port de mer »
J’adore me promener le long du canal de Bruxelles, principalement côté molenbeekois, car il s’agit de l’origine même de la prospérité économique de la ville, une sorte de fil bleu de sa longue histoire.
En effet, la ville s’est développée comme centre commercial et de transport autour des îles de la Senne au Moyen-Age, mais cette rivière ne permettait pas un accroissement du trafic car elle s’ensablait trop rapidement et la navigation était périlleuse à cause des menaces de villes comme Vilvorde et surtout Malines, jalouses de la prospérité bruxelloise.
Au temps de Charles-Quint
En 1477, à l’époque de Marie de Bourgogne, on décida la création d’une « nouvelle rivière » évitant le passage par Malines. Les guerres civiles en retardèrent la réalisation mais les derniers progrès en matière d’écluses conçues par Léonard de Vinci et l’autorisation de l’empereur Charles Quint permirent à une commission (déjà à cette époque des projets étaient « encommissionnés ») d’étudier le parcours du canal. C’est donc en 1550 que la régente Marie de Hongrie signa l’acte définitif de création du canal.
Le 16 juin 1550, Jean de Locquenghien, amman (premier magistrat) et bourgmestre de Bruxelles, donna le premier coup de pelle à l’exécution d’un canal Bruxelles-Vilvorde-Willebroek. Il devait déboucher dans le Rupel, en face de la commune de Boom et de là, les bateaux pouvaient gagner l’Escaut et Anvers, porte ouverte sur la mer.
Pour financer ces travaux, on augmenta le droit d’accises sur la bière et on instaura un droit d’entrée sur les vins étrangers, plus des impôts sur le seigle et le froment.
De somptueuses fêtes d’inauguration eurent lieu en octobre 1561 (il y a donc 450 ans !) et le port de Bruxelles se développa peu à peu : dès 1565, un deuxième bassin était creusé : le bassin Sainte-Catherine, suivi de deux autres. En 1830, les installations portuaires furent complétées par le grand bassin du Commerce.
Vers la fin du XIXe s., le développement extraordinaire de l’industrie et des transports rendit nécessaire la transformation de l’ancien canal.
1896 : la Société du canal et des installations maritimes de Bruxelles
C’est en 1896 que fut confié à la « Société anonyme du canal et des installations maritimes de Bruxelles » le soin de gérer le canal et le port autonome de Bruxelles. Cette société ne comportait, comme actionnaires, que des pouvoirs publics : l’Etat, la Ville de Bruxelles, la province de Brabant et neuf communes sub-urbaines.
Les travaux furent entamés le 28 juillet 1900 en présence du roi Léopold II et de la reine Marie-Henriette. Ils furent interrompus pendant la première guerre mondiale et, en novembre 1922 seulement, le roi Albert et la reine Elisabeth inaugurèrent le canal maritime au mouillage de 650 mètres, comportant trois écluses et un port nouveau pour le trafic fluvial et maritime.
L’augmentation continuelle du trafic rendit nécessaire la construction d’un avant-port en aval du Pont Van Praet. Mais la deuxième guerre mondiale causa de très importants dégâts à certains ouvrages, notamment aux ponts.
Pour ouvrir à nouveau le chemin de la mer à la capitale, on construisit les nouveaux ponts levants de Willebroek et de Kapelle-op-den-Bos, le pont levant semi-permanent de l’autoroute Bruxelles-Anvers et le pont levant de Buda en juin 1955.
Et voilà donc pourquoi ce quartier de Molenbeek s’appelle « Maritime » !
Gabrielle Lefèvre
Journaliste


